« Si je ne devais dessiner que quand je me sentais capable de tenir un stylo, cela n'aurait pas souvent lieu », me suis-je dit. Le fait est que cette année 2019-2020, après avoir célébré le fait de ne pas faire, j'ai quand même pas mal fait, du moins ce que je pouvais (même quand je pouvais pas, ce qui explique les variations du trait). Finalement, le but de tout cela, c'est que l'on voit que ça se passe, que ça passe par des moments... enfin "tout ça tout ça", comme on dit... Il y a d'abord eu L'enquête sur la porte avant qu'elle ne s'ouvre, où la plupart du temps je maîtrisais pas grand chose (pour la bonne et simple raison que chaque moment de la journée où je prends le stylo dicte sa contrainte selon le taux de glycémie).

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Qui l'a lu, qui l'a lu ? Le fait est que ça n'avait rien de secret, c'est sur des pages internet. Côté secret, cependant, ça a continué. Je me suis dit que... que quelque chose... que ça devait... enfin bon, déjà, il y a eu mes deux beaux bouquins sortis chez PCCBA : Petits totems et Chez le bouquiniste. À la fois ils existaient déjà vu que les pages avaient jadis été postées sur le réseau, mais à la fois ils n'existent que comme ça et il se trouve qu'on a pu me dire que c'était mieux ainsi. Mais il n'empêche que ça m'a donné envie de faire l'inverse : (Re)constitutions était sur papier, le voici sur le réseau, rebichonné qui plus est (sans contours de cases, plus joli comme ça). Le fait est que j'avais fait exprès à l'époque (par autodestruction) de faire l'inverse de l'inverse, de sortir pour la première fois un truc en fascicule alors que ça aurait dû être le seul truc lisible sur écran animé. Je n'y croyais pas. Maintenant, davantage, mais ça veut pas dire que ce sera toujours le cas. 

extrait Constitutions

Un artiste (je veux dire, quelqu'un qui se pense quotidiennement comme tel, qui s'attelle comme tel) trouverait peut-être que ce n'est pas ça qui fait le sel de ce qu'il fait, mais pour moi c'est cela : c'est cette alternance sans cesse entre faire et ne pas faire. C'est ça qu'il y a à suivre, à observer. La non-pratique fait autant partie de la chose que la pratique. À l'époque de la page ci-dessus, je sentais qu'il ne fallait pas que je loupe le coche, c'était le moment où jamais pour qu'on me dise ce qu'il fallait que je fasse : personne n'est venu, mais cela ne m'a pas empêché d'apprécier ce moment comme il se présentait, à savoir comme une pratique qui allait nécessairement déboucher sur une non-pratique afférente. Le fait est que cette dernière s'est imposée, d'abord pour coller au coche raté, puis plus volontairement, par dégoût d'attendre quoi que ce soit d'autre que ma propre compréhension. Après m'être davantage compris (et le monde en passant), je reviens tout aussi muet avec un bonhomme burlesque. Quelqu'un en voudra t-il un jour ? (Ci-dessous, extrait d'Igly.)

extrait Igly

J'oubliais que précédemment, juste avant "Igly"(cémie), j'avais commencé une bande dessinée sur les courses de montures. Car il ne faut pas croire que j'ai renoncé à raconter quoi que ce soit, simplement je... ça débouchera sur ce que... enfin ça rendra un certain écho, quoi, l'écho que j'aurai décidé !!! (Ci-dessous, extrait de La seule écurie digne de ce nom.)

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Il ne faut pas croire non plus que tout est toujours situé dans un "projet", des fois c'est juste qu'il y a à dire. Et c'est pas parce qu'il y a à dire que je tiens pas bien mon stylo, la preuve ci-dessous, ça dit bien ce que ça veut dire et en même temps le stylo est bien tenu. Mais le fait est qu'au bout d'un moment, finit toujours par advenir une perturbation, interne ou externe. Du coup je sais pas si je vais pas finalement me mettre à ne plus faire, maintenant que... Nan parce que j'ai déjà assez... En tout cas "ce sera fait", comme on dit (même si ça consiste à ne pas le faire). Ou autre variante : ce n'est pas parce que c'est fait que ça le sera toujours (ça peut très bien devenir un non-faire.) (Ci-dessous, extrait d'un ensemble plus ou moins cohérent d'histoires courtes.)

extrait histoires

Mais tout d'même, en dernière analyse, en dernier ressort, je finis toujours pas détaler ! Dernier "projet" qui sera évoqué ici : C'est encore moi, dont on sait qu'il fera 70 pages environ parce qu'il dépend d'un carnet (ce qui ne m'arrive pas si souvent). Au début ça commençait détendu, puis ensuite ça peut pas s'empêcher de s'affoler ! Il faut dire que c'est quand surgissent les grands sujets : l'attachement, ce genre de chose... Les plus fidèles d'entre vous savent que je n'ai toujours voulu parler que d'attachement. Ceux qui sont en train de se dire "ah bon, de l'attachement dans Lucas Taïeb ?" n'ont tout simplement pas lu les pages qu'il fallait et c'est bien dommage mais c'est en grande partie de ma faute. Par contre c'est... c'est vrai, je les comprends, je veux dire j'entends déjà leurs critiques (car ils critiqueront forcément, ils sont comme ça), dès que ça parle d'attachement ça peut pas s'empêcher de moins bien tenir le stylo. Mais vous savez, quoi qu'il en soit, ça se regardera comme ça se regardera, ça suivra ce qui précédera et vice-versa, ce sera fait et ensuite il faudra non-faire pour dissiper la honte d'avoir fait. Et ce sera sans doute semblable à moi, que ça me plaise ou pas.

extrait encore moi 1

extrait encore moi 2

 

PS : Héééé mais n'oublions pas Cansanio (rien de nouveau mais je l'ai quand même ressorti) !

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