29 octobre 2014

"il y a des gens, comme ça" (série complète)

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On peut dire que je voulais faire quelque chose qui pouvait rappeler Exacerbations mais en plus "adulte", "philosophique" et "personnel", si ça veut dire quelque chose. On peut dire aussi que ces pages ont toutes été publiées sur le site Infusion et que je remercie Mathilde par la même occasion. On peut dire enfin que sur ce même site on peut lire une série autobiographique nommée "Lucas Taïeb est énervé" à laquelle je vous renvoie allègrement pour de plus amples informations.

Posté par Lucas Taieb à 17:08 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

22 octobre 2014

carte pour les Epinards (bar à jeux lyonnais)

essais :

recherche 1

 

originale :

recherche 3

 

texte corrigé :

recherche 4

 

version finale (merci à Elizabeth) :

carte épinards

 

http://www.lesepinards.fr/

Posté par Lucas Taieb à 12:02 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

14 juillet 2013

Aigri

« Il faut savoir raison garder ». « L'impression d'être allé au bout d'un truc ». Savoir se dépêtrer des formulations trop convenues.

 

Le monde m'attend et me demande. Si j'ai fait tout cela c'était pour me retirer du monde, pas du tout pour traiter avec lui. J'oubliais mon corps en œuvrant (sauf quand j'écoutais du punk, mais ça lasse). Maintenant mon corps veut ressentir.

 

Il y avait dans tout ça comme la promesse de quelque chose de plus grand et cette promesse suffit, elle est une fin en elle. Ce n'est pas s'en contenter c'est la dépasser, elle est plus forte quand elle est seule, elle contient tout ce qu'elle n'a pas et n'aura jamais.

 

C'est comme quand je regardais les couvertures des livres. « Comme un gant de velours pris dans la fonte » de Daniel Clowes laissait entrevoir quelque chose de possiblement impossible, qui pouvait aller partout, rien que le titre et les tons des couleurs m'emportaient dans ce que j'imaginais être la bande dessinée indépendante, mais à l'intérieur ce n'était qu'une histoire de série B américaine sous acides, tout ce que je ne voulais pas lire.

 

C'est comme quand je lisais des collectifs. « Le Journal de Judith et Marinette » devait forcément faire exprès d'explorer la lenteur pénible de la séquence contemplative et des graphismes mornes, c'était pour se moquer, pour ensuite tout péter. C'était fait exprès.

 

Ils font tous exprès, tous les gars qui sortent des grandes écoles d'illustration et qui ont exprès un trait propre et rigide, c'est pour faire un contraste avec les expérimentations formelles qu'ils tentent mais qu'ils savent bien être l'apanage des vrais spontanés autodidactes, c'est tout fait exprès, tous les gars qui font encore des références à la drogue dans leurs BD underground, c'est forcément pour se moquer, tous les gars de « Arbitraire » qui ont le même style et qui écrivent vulgairement c'est un gigantesque concept pour rire des pires tics que pourrait accoucher la BD indé si jamais elle devenait consanguine, c'est forcément fait exprès.

 

Depuis le début, il m'est apparu comme évident que le temps d'exprimer la non-croyance en l'homme était révolu, ça avait assez servi et on avait suffisamment exploré ce versant, parfois de la meilleure façon possible. Radoter c'était forcément être attardé et comme je ne croyais pas les gens attardés, je voyais un degré supplémentaire là où il n'y en avait pas. Je pensais sérieusement que « Ferraille » c'était rire du fait qu'on pouvait encore vouloir détourner des imageries pour en faire quelque chose de trash, c'était se moquer de ce détournement, une gigantesque mise en abyme subtile. Je doutais parfois, car je voyais bien que mon interprétation ne collait manifestement pas dans certains cas, ça coinçait dans les rouages, mais j'essayais de persévérer, sinon c'est tout mon monde qui s'effondrait.

 

Depuis le début, il m'est apparu comme évident que ce qu'il fallait faire de nos jours, c'était justement se moquer du fait qu'on pouvait vouloir se moquer de l'homme. L'homme, quand il se rate, c'est toujours pour des raisons fonctionnelles ou anthropologiques profondes, c'est quand même trop mignon. Il a tellement perdu son animalité, ce con, qu'il veut sans cesse la retrouver. Son langage est tellement bancal qu'il a créé l'ironie, encore plus bancale. Déconstruire tout ça en montrant non seulement l'absurde des constructions mais aussi l'absurde du fait même de construire, le vrai absurde, c'était ce vers quoi je tentais de me diriger. Les gars qui rajoutent du trash à l'absurde n'aiment pas l'absurde car l'absurde c'est aussi se moquer du trash. On avait compris avec mon meilleur ami, on avait créé la « débilité » (l'unique, la vraie ; rien à voir avec le soi-disant « humour débile » des régressifs actuels), forme d'absurde innocente et poétique mais aussi pour ça la plus violente à mon sens, la plus pertinente, la plus contraire aux bons usages de l'art, de la culture et du monde. Se moquer réellement des mots, c'est se moquer du fait qu'on puisse vouloir s'en moquer alors que ce ne sont que des mots et qu'il faut donc se moquer du simple fait qu'ils soient des mots.

 

Je verrai si je continue tout ça ou pas, peut-être juste pour moi, en secret, ou peut-être pas du tout. Buter contre des murs ça commence à fatiguer et au lieu de sans cesse répéter que la vie est au-delà de tout ce qu'on peut en représenter, autant la vivre vraiment, ce sera mieux pour tout le monde.

Posté par Lucas Taieb à 12:24 - - Commentaires [7] - Permalien [#]

15 février 2013

"Désolé, ça ne correspond pas à notre ligne éditoriale.

- Ben c'est justement pour ça que je vous l'envoyais, bon dieu de bon sang !!!"

Oui oui, celui qui répond c'est moi et je ne bluffe pas (enfin je ne l'ai jamais dit tout haut mais pensé très fort). Quand je trouvais une revue de BD plutôt moyenne, disons limitée à un seul état d'esprit au niveau graphique ou narratif, je me disais "bon ben du coup je vais lui envoyer des pages, comme ça je dynamiterai un peu tout ça !". Manque de pot, ça ne marchait jamais.

J'envoyais aussi à celles que j'aimais vraiment mais j'étais moins motivé, à quoi ça servait de vouloir gâcher ces chefs-d'oeuvres de perfection ? Non, ce qui m'intéressait c'était tout ce dont je me sentais loin et dont je n'arrivais pas à comprendre le but profond, ce que je trouvais fade mais avec du potentiel. Car je pensais que c'était faute de mieux qu'ils se cantonnaient à un domaine ; je me disais qu'ils étaient tout à fait prêts à en sortir. Je ne croyais absolument pas au concept de "ligne éditoriale" qui me paraissait être de l'enfumage complet.

C'est vrai, quand tu es dans la vie normale tu dis "j'aime ça parce que ça", "je n'aime pas ça parce que ça", "c'est bien" ou "c'est pas bien", mais tu ne dis pas "ce n'est pas dans ma ligne éditoriale" ! Ce sont des affreux qui ont créé ça, des riches, des capitalistes, que sais-je mais des affreux ! On ne peut pas sérieusement s'y accrocher ! Qu'une petite revue s'y mette, c'est criminel. Tu ne peux rien répondre quand on te dit que tu ne colles pas à une identité, à part "ben c'est justement ça qui me plaît". Tu n'as pas le choix, tu ne vas quand même pas te métamorphoser pour leurs beaux yeux ! Une vraie critique sur du fond précis c'est différent, elle pourra te permettre de prendre conscience que tu dois persévérer dans cette voie pour leur montrer à ces connards de quoi tu es capable. Ça te laisse cette possibilité. Mais l'autre ne t'en laisse aucune. Se l'entendre dire dès le départ, à la plus petite échelle, ça rend inquiet à vie.

(Bon, tout ça je l'ai dit plus rapidement et plus efficacement ici, où je fais actuellement ma série la plus personnelle du moment.)

Posté par Lucas Taieb à 19:22 - - Commentaires [0] - Permalien [#]