Je voulais faire quelque chose où je résumais (en BD) comment j'en suis arrivé là (à faire quelque chose par défaut, qui ne correspondait à rien de spécial – à savoir des sortes de BD ou en tout cas des traits – puis à la prise de conscience que ça ne reposait plus sur aucune nécessité intérieure, sur aucun choix d'être), mais en essayant de le faire j'ai eu un sale goût dans la bouche : cette façon de manier le stylo, de former ces lettres, de positionner ces formes, tout cela m'écœure définitivement. Ça ne peut plus se faire. Ça ne tient plus à rien. 

Il s'agit donc de dire une bonne fois pour toutes que c'est fini, que c'était Lucas Taïeb. On a le droit de trouver cela d'un ridicule achevé (c'est le cas de le dire) puisque point besoin de tambour pour un type dans une cave, mais c'est histoire de poser un jalon clair et net : tout cela ne m'intéresse plus et je ne vois pas comment cela pourrait encore m'intéresser. 

Je crois pouvoir dire que je savais pertinemment depuis le début qu'un jour ça sentirait la fin, que c'était juste une façon de meubler une attente, un malaise (qui fut long, diffus et obnubilant), qu'il fallait que ça se dissipe quand la clarté mentale arriverait. Je vois qu'il y en a qui rigolent dans le fond quand je parle de clarté, je m'explique : si la confusion est toujours là, elle est désormais claire sur elle-même, ce qui change tout. Elle sait ce qu'elle conçoit, elle n'a plus besoin d'occupation par défaut. Me remettre aux traits, ce serait régurgiter mon vomi d'antan, ma mélasse immobile et agitée, ça ne voudrait rien dire et ça me ferait faire des cauchemars. M'échapper de Lucas Taïeb, c'est ce vers quoi j'ai toujours tendu, c'était le noble but de toute cette foire, c'était le sens en soi de la production. J'y suis donc parvenu, mission accomplie. 

Je remercie ceux qui ont persisté à trouver quelque chose là-dedans, jusqu'à tout dernièrement ; finalement c'est pas si mal d'avoir attendu la fin pour me coucher sur papier, cela laisse une chouette cerise sur le gâteau. Mais je suis attendu ailleurs, en tout cas par moi-même, ce qui est l'essentiel. Alors foin de tergiversations, laissons les traits là où ils sont, ils y sont très bien, cela suffit.

(L'écriture, elle fera ce qu'elle voudra quand elle voudra. Mais pas sous ce nom.)